Sémiotique et complexité  Plan

           

« S’agissant des trois catégories universelles, comme je les appelle, peut-être sans de très bonnes raisons de penser qu’elles sont plus universelles que les autres, nous notons d’abord que la secondéité et la tierceité sont des conceptions de la complexité. Ce qui ne veut pas dire cependant qu’elles sont des conceptions complexes. » (1.526) Peirce

 

E.Morin reprend en extension le principe de Pascal : 

 

« Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout ; non plus que de connaître le tout sans connaître les parties ».

 

Du principe d’auto-éco-organisation, il extrait des principes réducteurs de complexité qui sont :

- le principe hologrammatique ;

- le principe dialogique ;

- le principe récursif.

           

La forme en oeuf de la modélisation systémique de J.L.Le Moigne [1]Fig p 61 est une illustration métaphorique parfaite de la complexité constructiviste. C’est la matérialisation à l’instant T d’une forme vivante à venir incorporant l’ensemble de son historique et susceptible d’intégrer des différences qui à leur tour vont se propager dans l’avenir. Par contre nous nous inscrivons en faux sur la forme du triangle [2] qui a priori est une forme fermée, comme nous l’avons déjà évoqué. La structure médiatique du signe est, par contre, ouverte sur la récursivité comme le montre la figure ci-dessous :

Fig : 34A

 

 

L’application du principe récursif aux trois catégories peirciennes implique que les règles peuvent incorporer d’autres règles, les faits d’autres faits, les qualités d’autres qualités. Il est à considérer aussi le cas où les règles incorporent des faits et/ou des qualités, le cas où les faits incorporent des qualités. Il est impossible aux qualités d’incorporer des faits, aux faits d’incorporer des règles. Nous venons d’illustrer le principe de dégénérescence du signe dans l’absolu. C’est de ce principe qu’émerge le treillis du signe. Une règle peut se répéter en elle même autant de fois que nécessaire pour résoudre un problème, c’est le principe de résolution du jeu des tours de hanoï, qui adjoint au principe algorithmique la capacité de se reproduire en lui même.

Sémiotique de l’auto-organisation :

 

« Par ailleurs, la théorie de l’auto-organisation nécessitait une révolution épistémologique plus profonde encore que celle de la cybernétique. Et cela a contribué à la stopper sur ses positions de départ. »[3] E.Morin

 

Dans le cadre du non déterminisme et du rôle du hasard dans l’action, E.Morin défini trois causalités[4] :

- la causalité linéaire ;

- la causalité circulaire rétro-active ;

- la causalité récursive.

Dans son ouvrage sur les approches systémiques de la communication, J.P. Meunier [5] distingue trois principes fondateurs de l’auto-organisation :

- le principe d’ordre par fluctuation ;

- le principe de complexité par le bruit ;

- le principe de clôture opérationnelle.

 

Pour Bateson, l’ensemble des relations de communication est envisagé comme un système écologique participant aux contraintes environnementales du contexte dans lequel il s’insère :

 

« Autrement dit, la schizophrénie, l’apprentissage de second degré et la double contrainte ne peuvent pas être limités au domaine de la psychologie de l’individu, mais relèvent de l’écologie des idées organisées en systèmes ou « esprits », dont les frontières ne coïncident plus avec les limites des individus qui y participent. » [6] Bateson

 

 

Ce concept s’avère difficile à manipuler :

 

« Jean-Pierre Dupuy résume bien les dilemmes théoriques auxquels ont dû faire face les théoriciens de l’auto-organisation : « […] une auto-organisation absolue étant inconcevable ; une auto-organisation programmée de l’extérieur étant une contradiction dans les termes ; il reste la possibilité que l’extérieur coopère de l’intérieur aux mécanismes de l’auto organisation »[7] Lafontaine

 

Sémiotique de l’autopoïétique :

 

« Un système autopoïétique est organisé comme un réseau de processus de production de composants qui régénèrent continuellement par leurs transformations et leurs interactions le réseau qui les a produits, et qui constituent le système en tant qu’unité concrète dans l’espace où il existe, en spécifiant le domaine topologique où il se réalise comme réseau. »[8] Varela

 

 

Watzlawick évoque l’autopoïèse comme un processus complémentaire à la technique du recadrage. C’est la faculté des systèmes ouverts de se recomposer consécutivement à l’émergence d’un autre système de structuration des relations qui le composent.[9]

 

La question posée par Bateson sur l’origine de l’ordre reste ouverte. Il y répond en partie par la théorie de l’évolution biologique [BAT 97b-100]. Il considère les espèces vivantes comme le produit d’une « forme » génétique soumise aux changements. Il signale les prémisses aux changements :

-  La théorie ne sera pas fondée sur l’hérédité lamarckienne ;

-  Le changement somatique est absolument nécessaire à la survie ;

-  Des changements somatiques sont nécessaires aussi pour faire face à des changements génotypiques susceptibles d’aider l’organisme dans sa lutte externe avec le milieu ;

Il considère la capacité de changement somatique comme une conséquence caractéristique du changement génotypique et la capacité d’adaptation physiologique coévolutive de la capacité d’adaptation comportementale. La réversibilité est une caractéristique de ce changement somatique.

 

Nous considérons que les concepts d’auto-organisation et d’autopoïétique sont des phénomènes de régulations d’ordres temporels différents.

 


 

[1] [LEM 99-61] LE MOIGNE, Jean-Louis. La modélisation des systèmes complexes

[2] [LEM 99-103]

[3] [MOR 90-43] MORIN, Edgar. Introduction à la pensée complexe.

[4] [MOR 90-114] MORIN, Edgar. Introduction à la pensée complexe.

[5] [MEU 03-33] MEUNIER, Jean-Pierre. Approches systémiques de la communication.

[6] [BAT 97b-94] BATESON, Gregory. Vers une écologie de l'esprit 2

[7] [LAF 04-124] LAFONTAINE, Céline. L’empire cybernétique, des machines à penser à la pensée machine.

[8] [VAR 89-45] VARELA, Francisco. Autonomie et connaissance.

[9] [WAT 91-99] WATZLAWICK, Paul. Les cheveux du baron de Münchhausen

 

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