Note : Le développement qui suit est une mise en oeuvre de la classification des signes par Peirce.  L'utilisation des classes de signes, présentées sous forme de treillis, est envisagée dans les processus d'information et de communication.

Peirce

Le pragmatisme

On distingue quatre postulats peirciens (ou quatre incapacités) :

"1) Nous n'avons aucun pouvoir d'introspection, mais toute notre connaissance du monde intérieur est dérivée par un raisonnement hypothétique de notre connaissance des faits extérieurs.

2) Nous n'avons aucun pouvoir d'intuition, mais toute connaissance est logiquement déterminée par des connaissances antérieures.

3) Nous n'avons pas le pouvoir de penser sans signes.

4) Nous n'avons pas de conception de l'absolument inconnaissable." (5.265)[TIE 93], 56).

Ceci suppose, au début, un esprit vierge comme une page blanche sur laquelle s'écrivent les évènements et leurs relations. Dans cette optique on comprend alors que la construction de soi se fait au contact de l'environnement, et non de façon intrinsèque, par les objets et le langage ce qui ne permet pas de supposer une conscience objective de soi. C'est ici la zone d'intersection avec la théorie de la communication (Bateson, Piaget). De même il est impossible de se fier à ses croyances issues d'un vécu aléatoire ; il est nécessaire d'introduire une autre conception  : le pragmatisme.

Ce mot, comme "pratique ", vient du mot grec [pragma] signifiant action. Il fut introduit par Peirce en 1878 dans "Comment rendre nos idées claires ". Il constate que nos croyances sont en réalité des règles pour l’action, et soutient que pour développer le contenu d’une idée il suffit de déterminer la conduite qu’elle est propre à susciter. Le pragmatisme commence par l’étude des faits et conduit à la pensée et non l’inverse ce qui évite les polémiques et une théorie ainsi ancrée sur le réel devient un instrument de recherche. La démarche pragmatique est aussi la gestion des idées qui émergent de la recherche et qui sont en contradiction avec celles antérieurement admises.

D’après la logique de la recherche selon Charles Senders Peirce, la conclusion d'une recherche doit être la même indépendamment du lieu et des individus qui la mènent, car une logique juste et des méthodes correctes conduisent forcément à des conclusions identiques qui sont irréfutables.  "Il comprend la recherche comme un processus de vie" ([HAB 76],129)  mis en œuvre par le chercheur et donc elle ne peut se concevoir uniquement comme une description du réel. La pensée joue un rôle essentiel et elle s'établit sur une connaissance elle-même médiatisée par une connaissance préalable. C'est la réalité qui nous contraint à la production de vrais énoncés. Ces énoncés étant une représentation symbolique structurée  par le langage. Mais aux habituelles fonctions du langage, Peirce en ajoute une troisième celle de la qualité de sentiment : réalité ressentie qui ne peut être pensée.

Le langage est insuffisant comme mode générateur de pensée et Peirce va définir le signe comme générateur de  pensée universel. De ce fait un signe peut interpeller une pensée elle-même  incorporant une pensée, un fait ou une qualité. Lors de la recherche, l'apport d'informations, intentionnel ou fortuit,  génère  une transposition osmotique  de contenus d'expériences en représentations symboliques. L’inférence nous permet de formuler des concepts en associant les faits suivant trois possibilités : la déduction, l'induction et l'abduction. Par sa créativité au niveau des hypothèses, seule l'abduction active le processus de recherche. Ces hypothèses conceptuelles sont soumises à l'épreuve de la réalité, et une fois validées et associées à une multitude    d'autres,  participent  à la production  du sens. Le processus de connaissance le mieux connu est l'inférence, et Peirce entreprend d'examiner s'il est possible de ramener toute la vie mentale à l'inférence ([CHE 84], 125).

ARNAUD Gilles 1998

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les deux signes l'interprète
le signe 2

 

"Beaucoup croiront qu'ils ont motif de me blâmer, en alléguant que les preuves par moi avancées contredisent l'autorité de certains auteurs que leur jugement dépourvu d'expérience tient en grande révérence, sans considérer que mes conclusions sont le résultat de l'expérience simple et pure, laquelle est la vraie maîtresse. Ces règles vous permettront de distinguer le vrai du faux, et ainsi de ne placer  devant vous que des choses possibles et raisonnables; et elles vous interdisent de faire usage d'un manteau d'ignorance, par quoi vous n'arrivez à aucun résultat et, de désespoir, vous abandonnez à la mélancolie."

Léonard de Vinci C.A. 119 v. a.