Le signe
On retiendra deux définitions de Peirce :
"Quelque chose qui tient lieu pour quelqu'un de quelque chose sous quelque rapport ou à quelque titre" . (2.228)
" Je définis un Signe comme étant quelque chose qui est si déterminé par quelque chose dautre, appelé son Objet, et qui par conséquent détermine un effet sur une personne, lequel effet jappelle son Interprétant, que ce dernier est par-là même médiatement déterminé par le premier. "
Pour Peirce, le signe peut être un objet dexpérience interne ou externe à lesprit de linterprète. Cette précision est utile pour comprendre que lesprit est producteur de signes, qui sont à nouveau interprétés.
Il recherche quelle est la logique naturelle de nos perceptions qui sont aussi porteuses de relations de choses. Cette perception (ou présence à lesprit) immédiate nest quune illusion et représente en fait la partie finalisée, et non finie, dune médiation : " nous nappréhendons pas clairement les connaissances antérieures qui la déterminent " (5.223). Cest cette recherche sur la médiation de la pensée qui a conduit Peirce à l'élaboration des concepts opérationnels qui suivent.
Le phanéron : (1.284)
" Phanéron est un synonyme de phénomène : cest ce qui est présent à un esprit, ici et maintenant, quil sagisse de quelque chose de réel ou non ". ([MAR 92], p 41).
Les éléments du phanéron sont les primans, secondans et tercians qui correspondent respectivement à des qualités, des faits et des lois. La phanéroscopie est un instrument danalyse des composants du phanéron.

La sémiosis :
" Cest un processus qui se déroule dans lesprit de linterprète ; il débute avec la perception du signe et se termine avec la présence à son esprit de lobjet du signe. Cest un processus inférentiel "( [MAR 92] ,60)
" Or les signes peuvent être divisés, selon leur propre nature matérielle, selon les relations quils entretiennent avec leurs objets et selon leurs relations avec leurs interprétants ". (8.333)

Chaque élément de la sémiosis peut appartenir à un mode dêtre. La sémiosis est lexistence simultanée du signe, de lobjet, et de linterprétant pour une production de sens, les trois éléments étant nécessaires et suffisants. Dynamiquement cette liaison est instable et se transforme en une suite de triades valides. La particularité de cette triade est sa possibilité de construire à son tour un signe.
La classification des signes : les trois trichotomies :
" Suivant la première trichotomie, un signe peut être appelé qualisigne, sinsigne ou légisigne "(2.244) . "Suivant la seconde trichotomie , un signe peut être appelé icône , indice ou symbole "(2.247). "Suivant la troisième trichotomie, un signe peut être appelé rhème, dicent ou argument ". (2.250)
Nous pouvons simplifier ainsi : la première trichotomie est le mode d'être du signe, la deuxième, le mode de renvoi du signe à son objet et la troisième, le mode d'effet du signe.
Nous allons utiliser les possibilités offertes par lévolution technologique et utiliser la couleur pour représenter les catégories d'appartenance : rouge : priméité ; vert : secondéité ; bleu : tierceité.

La combinaison des trois trichotomies peut se visualiser sous forme de tableau par mode dappartenance : (8.334) à (8.341).
Classification des phanérons ou signe triadique suivant leur composition :
(2.243) à (2.252) [PEI 78]

| Qualisigne :
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| Sinsigne
iconique rhématique :
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| Sinsigne indexical rhématique: |
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| Sinsigne indexical dicent : |
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| Légisigne indexical dicent : |
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| Symbole dicent |
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| Argument : |
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| Symbole rhématique : |
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Légisigne iconique : |
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| Légisigne indexical rhématique | ![]()
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Reconstituons le tableau de Peirce :

Une autre représentation des classes de signes sera retenue sous forme de treillis dans les travaux présentés dans ce site.
Poursuivons notre classification. Certaines classes se subdivisent en trichotomies :

ARNAUD Gilles 1998
| le pragmatisme | pensée par signe | le signe | le treillis | le signe hexadique | l'espace public | la signification | |
| les deux signes | l'interprète | ||||||
| le signe 2 | |||||||
Sur le besoin de métaphysique : règle générale
"... En revanche, on n'a jamais manqué de gens qui se sont
efforcés de tirer leur subsistance de ce besoin métaphysique, et qui l'ont
exploité autant qu'ils ont pu ; chez tous les peuples, il s'est rencontré des
personnages pour s'en faire un monopole, et pour l'affermer : ce sont les
prêtres. Mais afin d'assurer complètement leur trafic, il leur fallait obtenir
le droit d'inculquer de bonne heure aux hommes leurs dogme métaphysiques, avant
que la réflexion ne fut encore sortie de ses ténèbres, c'est à dire dans la
première enfance ; ...
Une seconde, quoique moins nombreuse, catégorie d'individus
qui tirent leur subsistance de ce besoin métaphysique de l'humanité, ce sont
ceux qui vivent de la philosophie. Chez les Grecs, on les appelait sophistes, et
chez les modernes, professeurs de philosophie. ... .Chez les modernes-...- ceux
qui vivent de la philosophie ne sont pas seulement très différents de ceux qui
vivent pour elle ; ils sont souvent leurs adversaires, leurs ennemis secrets et
irréconciliables ; car toute étude purement et profondément philosophique
jetterait trop d'ombre sur leurs travaux, et de plus ne se plierait pas aux vues
et aux réglementations de la confrérie ; aussi, en tous temps, s'est-elle
efforcée d'étouffer ces études, et suivant les époques et les circonstances,
elle a employé habituellement contre elles, tantôt le silence, tantôt la
négation, le dénigrement, les invectives, les calomnies, l'altération, les
dénonciations et les poursuites. C'est ainsi qu'on a vu maint grand génie se
traîner péniblement à travers la vie, méconnu, sans gloire, sans
récompense, jusqu'à ce qu'enfin, après sa mort, le monde fût désabusé et
sur lui et ses ennemis. Ceux-ci cependant ont atteint leur but, ils se sont
imposés en l'empêchant de se faire entendre, et ils ont vécu de la
philosophie avec leurs femmes et leurs enfants, tandis que le grand homme
méconnu vivait pour elle. Aussitôt qu'il est mort, revirement complet : la
nouvelle génération des professeurs de philosophie se fait l'héritière de
ses travaux, s'y taille une doctrine à sa mesure, et se met à vivre de
lui."
Schopenhauer . Le monde comme volonté et comme représentation . p 854/855